Santé – L’inquiétude plane sur l’approvisionnement de certains médicaments

Zurich (awp ats) – Alors que la viabilité économique règne en maître sur l’industrie pharmaceutique, des inquiétudes planent sur la disponibilité de certaines préparations jugées vitales, à commencer par les plus anciennes et les moins rentables d’entre elles, les antibiotiques.

« L’approvisionnement de la Suisse en médicaments demeure largement satisfaisant, mais nous avons constaté une augmentation des cas annoncés de pénuries ces dernières années », a indiqué à AWP Monika Schäublin, responsable suppléante de l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE).

Si les variations saisonnières ont parfois mis à mal la disponibilité de certains vaccins, la situation sur ce front s’est sensiblement améliorée ces dernières années. La question des antibiotiques par contre suscite des inquiétudes récurrentes.

« La production de médicaments dont le brevet est parvenu à échéance comme de leurs génériques est généralement délocalisée hors de Suisse ou plus généralement d’Europe » poursuit Mme Schäublin.

Rétablir sous nos latitudes une chaîne de production pour ces médicaments désormais manufacturés à l’étranger, et dont la valeur marchande a forcément baissé, se révèlerait extrêmement onéreux et économiquement non viable.

« La mondialisation implique par ailleurs des problèmes supplémentaires dans le suivi qualité de ces produits, avec souvent le recours à des sous-traitants éclatés sur l’ensemble de la planète », note encore la fonctionnaire fédérale.

Les mesures activables pour faire face aux pénuries reposent essentiellement sur la stratégie dite de l’écureuil, avec des stocks obligatoires entreposés par les laboratoires eux-mêmes, permettant de combler les lacunes dans l’approvisionnement sur une durée de trois mois.

« Le financement des stocks obligatoires est géré par l’industrie elle-même, sur la base de contributions par type de médicaments (vaccins, antibiotiques, etc). Il s’agit pour les laboratoires d’un jeu à somme nulle, sans avantage ni handicap au final », poursuit Mme Schäublin, qui officie également comme responsable du segment Produits thérapeutiques au sein de la subdivision du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR).

Des stocks « libres » sont aussi recensés de manière décentralisées dans les officines et les pharmacies d’hôpitaux du pays.

L’armée à la rescousse

La pharmacie de l’armée – qui se présente comme « l’unique unité organisationnelle de la Confédération à détenir les licences de Swissmedic pour la fabrication, l’importation, la vente en gros et l’exportation de médicaments » – dispose par ailleurs de certaines capacités de production propres, susceptibles d’être employées en cas de coup dur.

Pas question toutefois de s’aventurer sur les platebandes de laboratoires privés détenteurs de brevets encore protégés. « A la question de savoir si nous pouvons produire des préparations dont la propriété intellectuelle n’est pas parvenue à échéance, la réponse est claire: ‘non' », tranche Stefan Hofer, porte-parole de l’armée.

Le mandat « civil » des laboratoires de la Grande muette se limite par ailleurs à deux préparations – des antibiotiques – et uniquement en cas de goulet d’étranglement.

Les capacités destinées aux écoles de recrues et cours de répétition sont toutefois plus étendues, comprenant notamment des anti-douleurs, des médicaments contre l’hypertension, des antidotes ou encore des anesthésiants. Sérums, vaccins et médicaments biologiques sortent par contre de leur spectre de compétences.

Contrairement aux antibiotiques, l’approvisionnement en médicaments innovants tels que les traitements contre le cancer par exemple ne pose généralement aucun souci. « Les nouveaux produits qui font leur apparition sur le marché jouissent en effet d’une grande viabilité économique », assurant leur production continue par les laboratoires, explique la responsable de l’OFAE.

Nonobstant une situation globalement satisfaisante, l’approvisionnement en médicaments demeure un important sujet de préoccupation pour la Confédération.

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a ainsi été chargée d’élaborer d’ici le printemps prochain un rapport exhaustif sur l’ensemble de la chaîne d’acheminement – de la fabrication proprement dite à la fixation des prix et des modalités de remboursement, en passant par l’entreposage – et de proposer un catalogue de mesures pour en assurer le bon fonctionnement.