Santé – L’anorexie mentale, ce mal qui peut tuer mais qui se guérit aussi

(ats) Environ 5% des personnes souffrant d’anorexie mentale en meurent. Un taux élevé qui en fait la maladie psychiatrique qui tue le plus. Mais on en guérit aussi et depuis quelques années, la prise en charge a pris une nouvelle voie.

En Suisse, 1,2% des femmes et 0,2% des hommes sont touchés par l’anorexie mentale, selon une étude menée en 2010 pour le compte de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). « Et seule une minorité est soignée », souligne Sandra Gebhard, médecin cheffe au Centre vaudois anorexie boulimie (abC), interrogée par Keystone-ATS.

On estime que 50% des patientes parviennent à guérir de ce cauchemar. Environ 25% améliorent leur état, mais restent accaparées par des préoccupations alimentaires et les 25% restants connaissent une évolution chronique.

Le coeur lâche
Environ 25% des décès sont la conséquence d’un suicide, entre autres, car la dénutrition favorise fortement la dépression. Dans d’autres cas, le corps dénutri, carencé, affaibli, finit par lâcher. « La plupart du temps par arrêt cardiaque, mais aussi en raison d’une insuffisance rénale ou hépatique », poursuit la spécialiste.

Mais derrière ce sombre tableau, la lumière existe. Et Sandra Gebhard insiste sur ce point: « Bien entendu qu’on en guérit. Entendre le contraire m’attriste ». Pour contribuer à cette rémission, à l’abC des équipes pluridisciplinaires s’occupent de ces personnes, souvent jeunes, manquant de confiance et très exigeantes avec elles-mêmes.

Elles travaillent tant sur leur psychisme que le physique au travers de trois types de structures: la consultation ambulatoire et le centre de jour à Lausanne ou l’hospitalisation sur le site de St-Loup à Pompaples (VD).

Le corps avant l’esprit
Depuis un peu moins de dix ans, la prise en charge a par ailleurs changé. Les professionnels ont ainsi constaté que tant que la personne est très dénutrie, il lui est difficile de suivre un traitement psychothérapeutique pourtant indispensable à la guérison. « Car le cerveau est un organe comme les autres, sous-alimenté, il n’arrive pas à mobiliser les ressources nécessaires pour travailler efficacement », explique la responsable médicale.

A l’abC, on a suivi l’évolution de ces pratiques reconnues dans la littérature scientifique. Et les spécialistes intègrent de manière plus intensive la reprise de poids dans la prise en charge afin que la psychothérapie puisse jouer pleinement son rôle.

Cela signifie que les jeunes femmes évoluent dans un cadre sécurisant dans lequel l’accent est prioritairement mis sur un retour à une alimentation équilibrée. Un changement de paradigme qui a dans un premier temps interrogé de nombreux psychiatres pour lesquels il fallait d’abord soigner l’âme.

Moins d’hôpital
Point positif: cette approche a contribué à diminuer par deux la durée moyenne de l’hospitalisation, soit de 90 à 50 jours, indique Sandra Gebhard. « Nous voulons offrir aux patientes le maximum de soins en entravant au minimum leur vie ». Et l’argument compte quand on sait qu’elles sont déjà souvent socialement isolées.

Et quid des résultats? « Les premiers chiffres montrent qu’il s’agit d’une démarche sûre physiquement et psychiatriquement et qui n’amène pas davantage de réhospitalisations ».

Mais en décompte-t-on moins? Trop tôt pour le dire, répond avec prudence la médecin cheffe, qui dit toutefois escompter des bénéfices à long terme.

Pas un caprice
Parmi les bonnes nouvelles, ajoutons aussi que la population est depuis 20 ans mieux sensibilisée à la thématique. Les proches et les patientes elles-mêmes s’alarment plus tôt et la prise en charge se fait de manière plus précoce, ce qui diminue le risque que la maladie devienne chronique.

« Nous avons beaucoup moins de peine que par le passé à convaincre que l’anorexie mentale n’est jamais un caprice d’enfant riche ou le résultat d’une mauvaise éducation, mais bien une maladie grave, rappelle Sandra Gebhard. « C’est un enfer, mais dont on peut sortir ».